L'almanachronique du 24 novembre

Publié le par blancafort

Hello les blogos ! Elle est fraîche ! Elle est fraîche ma blogose !

Cette chronique, quand elle chronique, ne cesse de chroniquer l'homme, qui est lui-même et naturellement un chroniqueur né. La tendance, souvent revêche, est de chroniquer celui-ci par le biais tronqué des actualités et d'une presse citadine qui a trop tendance, comme son nom l'indique, à métropoler. On l'y voit chasser les espaces vides dans le métro, courir compulsivement à coté de son manteau en cachemire, enfiler son p'tit noir dans un ballet posthume d'hippophages anxieux, et ramasser un ticket perdant avec piété d'un geste solennel qui le fait ressembler à un cardinal flanqué d'un ennui mortel, mais béni.
Hors l'homme n'est pas que ça. Il est aussi villageois.
Et quoi de mieux pour l'étudier, sinon de l'observer, qu'un marché. Et plus spécifiquement, un marché au gras.
En effet, dans certaines contrées, ici le Gers, le marché au gras est un marché pour le moins traditionnel dont le particularisme réside, et c'est un fait singulier, dans la vente et l'exposition sous de hautes et vastes halles de ce qu'on appelle le gras : canards et oies gavés, foies gras, carcasses et autres volailles dodues et grassouillettes.
S'en viennent alors, par des routes vicinales de muletiers cagneux, toute une horde de paysans râpeux aux mains rugueuses et admirablement botes. Le travail de la terre déformant l'éminence thénar avec une aisance charnue. Des paysans rubiconds, filiformes et secs, gras et massifs, qui, le béret bien vissé, roulent des R avec ostentation en devisant sur une poussée attendue et toujours hypothétique des cèpes, sur le cours des carcasses embecquées, sur l'avenir d'un métier qui par malheur se spécialise, et sur le bilan des palombes qui ne se cachent plus pour mourir, mais qui viennent désormais en vacances dans le Gers d'une manière citadine, c'est à dire avec une fulgurance plus que sommaire.
Un monde rude et attachant où, par modestie, par politesse rurale, la vie ne pète rarement plus haut que son cul. On y entend encore des rots épais, des patois patents, des braillements, des caquets et des rouspéteurs qui rouscaillent allègrement, le bide oriental et le naze broque.
Un monde singulier. Un monde qui vit et qui fait du bruit.
A illustrer et à suivre...

Publié dans Chroniques

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