Déclaration d'amour à la voix d'arte lactée
Ô toi voix mutine, babil féminin, arte ardente, alti-barytone, depuis longtemps, depuis tes moutons somnambules, tu donnes à mes soirs une sonorité câline, obsessionnelle et chaleureuse. A tes moindres changements de tessiture, mon coeur chavire. Je t'imagine comme un idéal féminin, charmante charnue et menue, douce et laiteuse, volatilement prosaïque et matériellement poétique. Quand tu vibres chaudement, je reste sans voix. Ton timbre, ton étoffe, la souplesse brûlante de tes phonations sont autant de douceurs en mon tympan amadoué. Ô que j'aime le son charnel de ta féminité bruissante. Tes voisements font palpiter mes osselets qui tintinnabulent. Et que dire de ma trompe d'Eustache directement reliée à tes trompes de Fallope ? Elle est toute à toi, voix sans visage, voix d'harmonie, voix de nuit. Ô femme heureusement inconnue, mystérieuse mélancolique qui traîne ses mots comme la splendeur triste d'un nuage sur la lune languissante. Je veux te dédier ce poème : " Et pour sa voix, lointaine et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues ". Verlaine. Poèmes saturniens.
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