L'almanachronique du 5 décembre
Hello les blogos ! Prout ! Comment la blogose ?
Connaissez-vous le cimetière de Gaujan, village gersois dans lequel j'officie en personne mais sans ouailles ? C'est un cimetière des plus charmants, accueillant comme il se doit, aux proportions idéales et qui exerce chez le cancéreux une irrésistible attraction salvatrice. Les tombes y sont alignées selon un principe bordélique propre à la mort qui frappe dans le désordre n'importe quel con, pourvu qu'il soit disposé à l'être.
Il y a là des tombes orgueilleuses, prétentieuses, modestes, abandonnées de tous, ouvertes, marbrées, fleuries et silencieuses. Les rares travées sont d'improbables jardins fous où les plus fidèles herbes folles nourrissent tant bien que mal des corbeaux chétifs, d'allure misérable, dont le plumage hérissé les fait se ressembler à des balais à chiottes.
La particularité des tombes se distingue par une forme réduite et une profondeur étonnement démesurée. Il faut dire que la maladie chronique du pays est caractérisée par un gonflement du ventre. Elle est souvent fatale et la seule cure consiste à quitter le pays. Mais comment quitter cette région, pour des êtres petits, souvent méfiants, et qui ont une prédisposition naturelle pour la graisse de canard et le chou vert ?
Dans le coin le plus à l'ouest se trouve les sépultures des guerres d'antan. Elles sont souvent délaissées par les affectés lambdas qui préfèrent péter devant le caveau de l'ancien maire pour lui justifier d'une haine indéfectible et éternelle. Ici, les défaites subies sur les champs de bataille sont célébrées comme des victoires ou comme des trahisons. On peut ainsi repérer ça et là quelques drapeaux flétris d'anciennes provinces familières, traîtres ou ennemies.
Un tombe fraîchement décorée à l'entrée témoigne d'une vie qui, faute de piailleries de mesquins mioches, s'étiole.
Neurasthénique, le dernier fossoyeur s'y est pendu au seul arbre, au coin en rentrant.
Il est dit qu'on retrouva le cadavre d'une femme dans les poubelles de fleurs séchées et qui s'était suicidée douze jours avant sa mort. Par distraction, on avait oublié de mettre le corps dans le cercueil.
La mort est ainsi fête !