L'almanachronique du 25 novembre
Hello les blogos ! Pani pwoblem la blogose !
Comme le dit le proverbe antillais : " An chandèle kabrit ka sanb ti fi ! " Ce qui veut dire à peu de chose près : "A la chandelle, la chèvre ressemble à une demoiselle." C'est par ce proverbe singulier que mon prompt séjour antillais a débuté dès lundi matin, alors que j'interrogeais une sympathisante socialiste sur le malaise du parti, sympathisante du nom de Malhika, et qui, en dehors d'un profond désespoir exprimé par le biais de cet aphorisme un rien fataliste, avait un cul coriace, peu enclin à la gaudriole en ces temps de profonde affliction.
Je me trouvais près de Vieux-Fort, sur l'île de Marie-Galante, là où les falaises décroîssent lentement et régulièrement, sur une large plage somptueuse d'où l'on voyait la mangrove, forêt amphibie que l'on découvre au détour du sentier de randonnée "Vieux-Fort". La Fédération des Antilles s'était installée sur cette plage, pour compter et recompter les bulletins des votants en vue de clarifier une situation pour le moins confuse. Je buvais allègrement du shrubb, une boisson enivrante à souhait faite de rhum et d'écorces de mandarines, en goûtant quelques bokits fortement épicés, au doux son du gwoka, le fameux tambour "indépendantiste" guadeloupéen. Je vous avoue qu'en dehors du désir brûlant de vérifier par moi-même l'inextricable embrouillamini du scrutin socialiste pour la désignation de la secrétaire du parti, je commençais sérieusement à me griser la cabosse et oubliais quelque peu l'intérêt comptable de mon séjour. Le rhum a des effets capiteux et entêtants.
Voici le déroulement de cette journée récolementienne, telle que j'ai pu la vivre, sous les assauts incessants du shrubb, ô combien exaltant :
- Tèbè ! Mais t'y'es tèbè mon pauvr' !
- Ki biten tèbè ?! Tu m'parles pas comme ça !
- Et pourqwoi ?!!! Tu as vu comment tu comptes ? C'est n'importe qwoi !
- An pé pati si tu préfères !
- Mais non bannann ! Holalaa ! Mont'e voi' comment tu comptes !
- Ben comme à l'écol' ! Un bulletin pour Ma'tine, un bulletin pour Ségolène, un bulletin pour Ma'tine, un bulletin pour Ségolène...
- Et après ?
- Ben après, je compte tous les bulletins pour Ma'tine, et puis tous les bulletins pour Ségolène, puis je fais l'addition, et je trouve le résultat par la division des deux, ou la soustraction, en fonction des bulletins en blanc ! Ma foi !
- Qwoi ?! Mais tu peux pas fair' comme ça ! Il faut compter séparément, selon les deux postulantes en liste, puis, et seulement puis, tu comptabilises tous les votants et tu fais la soustraction selon les bulletins comptés ! Ya pas d'erreur possible !
- Mais si tu comptes les bulletins séparément, tu n'trouveras jamais la totalité des bulletins exprimés, puisque tu discernes naturellement la possibilité d'une indivision pour le coup indissociable d'une modalité distincte ! Enfin !
- Mais gèl de kwi, c'est pas possible ! L'indivision est inhérente à partir du moment où tu inclues individuellement deux bulletins divergents et contradictoires par une analogie dissemblable qui annule toute discordance dans l'identification intrinsèque d'un vote exprimé !
- Ha Ha ! Qu'il est con ! ça m'étonne pas qu'on n'trouve pas le même nombre !
- Pourqwoi ?
- Ben mon pauv'e, si tu considères que la discordance dans l'indentification intrinsèque d'un vote exprimé ne peut être qu'antagoniste et divergente, ça m'étonne qu'à moitié que l'appréciation d'un résultat qui devrait être en toute logique tangible soit à ce point arbitraire !
- Bon ! On recompte ! D'accord !
- Alors...un bulletin pour Ma'tine, un bulletin pour Ségolène...
Et ainsi de suite jusqu'au coucher de soleil. Ce fut très instructif. Le shrubb fit son effet. Résultat des comptes ? Cinquante pour cent pour Ma'tine. Cinquante pour cent pour Ségolène. Et un bulletin blanc. Manque de pot, il y avait un nombre pair de votants. On dut tout recommencer.
Comme le dit un autre proverbe antillais : " Bon di vin pa bizwen étikêt ! " Le bon vin n'a pas besoin d'étiquette.
A méditer...